La Ferme de Gaïa

Autarcie;autonomie;argent;crise;échange;s'en sortir;vie communautaire;survivalisme;collapsologie;élevage personnel

  • Les recettes de la création d'une communauté réussie

    La vie communautaire : vraie ou fausse solution ? A quoi ressemble la communauté efficace des années 2020 ?

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    Qui dit ferme résiliente renvoie très vite à la notion de vie communautaire !

    Et là, dans notre société hyper consumériste et individualiste ou « JE » décide de tout, de ce qu’il mange, de ce qu’il écoute à la télé, de ce qu’il fait et de ce qu’il fait de SON argent, cette idée de communauté dérange …..

    • Le groupe va décider pour moi
    • Je ne vais pas pouvoir choisir mon programme télé tous les soirs
    • Mes affaires ne seront plus mes affaires
    • Etc…..

    Ce qui n’ est pas faux …. Car une communauté doit être centrée autour d’un certain nombre de points communs, bien qu’il s’agisse plus de valeurs, que d’objets, ou de choix de programmes télévisés …. Et surtout, lorsque tout va bien, c’est la grande famille, mais quid des inévitables crises ? Conflits ? Également inévitables au sein de nos familles occidentales.

    J’ai animé des groupes pendant presque 20 ans de ma vie, le temps est sans doute venu de partager ces expériences, tout en invalidant les idées reçues, mais en plaçant en exergue les points qui m’ont semblés cruciaux pour la réussite d’un projet communautaire.

    Retour aux années 60 ?

    Certainement pas …. Les mouvements communautaires des sixties avaient leurs propres systèmes de valeurs et elles ne se sont pas avérées solides dans le temps. C’était le grand partage, dont on sut plus tard qu’il fut excessif ! La grande non jalousie, autre mythe non viable ! La libération sexuelle – vaste débat, mais réservée à la stricte intimité et non au groupe ! Et l’absence totale et présumée de droit à l’individualité dans de nombreux groupes, ce qui fâche 100% des égos dans le temps !

    10 règles de réussite durable !

    1°) Le système de valeur

    Il n’y a pas 1 système de valeur tout à fait universel, mais un système de valeurs par communauté ! Le tout étant que tous y adhèrent sans exception.

    Par exemple :

    • Amitié
    • Tolérance
    • Partage
    • Famille
    • Solidarité
    • Empathie
    • Ruralité
    • Accueil

    Mais vous pourriez aussi bien avoir :

    • Priorité à nous
    • Modernisme
    • France et Français
    • Droit à la défense de ses intérêts
    • Survie de soi face aux autres, soit eux ou nous

     

    Ou encore un mélange des 2 et bien d’autres modèles d’ailleurs ……. Je ne sais pas vous dire quel modèle serait le plus adéquat. Mais si tous n’adhèrent pas au même, cela constituera un inévitable sujet de friction ….

     

    2°) La place de l’individu au sein du groupe

    Chaque personne compte ! Pour autant que son voisin ! Ce qui lui donne des droits et des devoirs, l’accès aux mêmes ressources, mais l’obligation de partager aux tâches communautaires en fonction de ses compétences, mais à effort égal. Il n’existe donc aucun système de favoritisme dans une communauté équilibrée. Un membre l’est à part entière ou pas du tout.

     

    3°) La nécessité d’un espace individuel

    C’est une nécessité qui, hors situations d’urgence, est vitale. J’ai vécu à plusieurs reprises dans de très grandes familles ou communautés et je sais par expérience qu’il n’est pas possible de priver durablement quelqu’un de son droit à la solitude autant que de son espace strictement privé ( dans lequel il fera ce qu’il veut hors mis ce qui est interdit par le règlement, comme de sodomiser une chèvre par exemple)

    Dans la plupart des communautés, cet espace privé est la chambre. Et seulement la chambre.

     

    4°) Le règlement intérieur

    Il est inévitable ….. Souvent, il traduit nos valeurs par des règles plus fines. Si la communauté ne s’est pas créée en une seule fois, ce sont les premiers constituants qui ont pu en figer les bases. Le règlement intérieur n’est d’ailleurs pas rigide, mais il est stable.

    De quoi parle-t-il ? De petites choses comme le partage du choix des médias, du travail sur place, des apports financiers, du matériel commun (ou non), de l’obligation de propreté, de la résolution des conflits, des sanctions potentielles en cas de débordement grave (violence, vol par exemple), de la constitution d’une forme d’autorité (tournante ou non, sur élection ou avérée) de réflexion ou de décision etc…..

    La plupart du temps, c’est l’expérience qui le fera s’améliorer au fil du temps, des ententes et des conflits

     

    5°) Un exécutif fiable, expérimenté et remportant l’adhésion

    Dans la plupart des films, quelques héros tiennent le rôle ! De façon générale, il y a toujours un père et une mère de famille …. Personnellement, je ne préconise pas l’exécutif mono-individu, mais plutôt le « Conseil des Sages » avec un minimum de 3 personnes (chiffre impair pour les votes) et tournant, si possible 1 fois par an !

    Je suis tout à fait contre un exécutif figé avec un leader charismatique et tyrannique si possible ! Cela fait d’immenses dégâts dans les associations.

     

    6°) Un listing des tâches obligatoires, récurrentes ou saisonnières, avec la constitution d’un planning auquel tous participent à valeur égale !!!

    Dans certaines communautés, cette valeur est chiffrée en heures, là aussi tournante : ce ne sont pas toujours les mêmes qui nettoient les chiottes ou les étables

     

    7°) Un partage financier

    Dans notre société, les finances restent un sujet à fâcherie ! Même au sein des familles, alors à fortiori au sein d’une communauté. Il existe donc des pôles de dépenses communes qui doivent être partagées de façon équanime :

    • Electricité
    • Eau
    • Téléphone/Wifi etc…
    • Taxes foncière ou impôts locaux
    • Chauffage de quelque méthode que ce soit
    • Alimentation
    • Travaux de la communauté
    • Achats visant au bien-être ou à la survie de tous : poules, semences, aussi bien que télévisions etc….
    • Voiture communautaire

    De la même façon que sont partagées les rentrées communes

    • Accueils payant extérieurs (chambres d’hôtes par exemple ou gite rural)
    • Vente d’œufs ou de légumes, ou encore de viande et de fromage
    • Prestations de services proposées par la communauté

    Tant que le monde tourne rond, il peut y avoir un stricte individualité sur certains points :

    • Achat des vêtements ou éléments de conforts personnels, friandises,
    • Voiture perso etc…
    • Alcool pour consommation personnelle ou cigarettes

    Mais attention à l’effet toxique que constitue une situation personnelle privilégiée. Et si le monde ne tourne plus rond, certains ne pourront pas avoir leurs clopes et d’autres pas.

    Il va de soi que les pilleurs de ressources (frigo, chauffage électrique etc…) seront sources de grogne et doivent être gérés.

     

    8°) Un système de sanctions

    Hélas. La perfection n’étant pas de ce monde, il peut y avoir, malgré nos valeurs communes, malgré le choix du départ et malgré toute notre bonne volonté, des erreurs, puis des fautes avérées. Parmi elles : le vol et la violence.

    Dans une communauté très large (village) il peut même y avoir la reconstitution d’un système complet. Mais au sein d’une petite communauté, la sanction ne peut s’orienter que vers 2 solutions :

    • La réparation (si possible)
    • L’exclusion (après avertissement ou non selon la gravité)

    Ce mérite un livre tant le sujet est complexe. Que faire d’un problème psychiatrique par exemple ? ou du vol d’un résident qui semble largement favorisé par ses moyens financiers ? Que peut-on pardonner ou non ? Et surtout y a-t-il risque ou non de récidive ? S’agit-il d’une erreur ou d’une faute (soit sans ou avec intention). Un enfant est-il en cause ? Etc….

    Il va de soi qu’une erreur, même non grave, peut dégénérer en conflit destructeur si une famille finit par accuser l’enfant d’une autre famille au sein de la communauté. J’ai vu des associations sauter en éclats pour des partages de sandwichs.

    Le rôle des leaders sera sans doute crucial : prévenir – dialoguer – apaiser

     

    9°) Prévoir des procédures

    Le terme fleure bon l’Industrie ou la société actuelle, il est pourtant inévitable :

    A partir de quel moment un malade peut-il cesser de travailler et pour combien de temps ?

    Quoi faire en cas de graves intempéries (hommes et bêtes)

    Plan d’action de fuite en cas d’incendie, d’inondation, ou de troubles civils/militaires

    Comment gérer la mort

    Qui prévenir en cas de quels évènements

    10°) Répartir les compétences

    Tout le monde ne saura jamais tout faire. Il sera donc inévitable de travailler plutôt avec les différences, qu’en les fustigeant ! Si Albert sait faire de la plomberie, il vaut mieux qu’il répare la plomberie pendant que Jean fait la vaisselle.

    Mais les compétences ne doivent pas constituer une excuses pour fuir certains travaux pénibles.

    Il existe des différences litigieuses :

    • Qui a de la force ou pas
    • Qui est vieux ou pas
    • Les enfants ont-ils le devoir de participer ou non et à quoi
    • Les lourdaux peuvent-ils participer aux tâches physiques ou non
    • Existe-t-il des membres qui sont un frein et ce frein est-il acceptable
    • Une femme enceinte peut-elle participer et à quoi

    Vous allez me dire que tout ça est du bon sens. Oui, dans une certaine mesure et dans une communauté peu élargie. Quid d’une grosse communauté ou la femme d’Albert passe son temps à faire des gosses qui mangent comme 4 et ne branlent rien ? Ceci parait exagéré, mais bon ….. Viendra sans doute un temps où la communauté aura trop grandi et deviendra ingérable en tant que telle. On refera un village !

     

    A combien de membre se monte la communauté idéale ?

    C’est une question de places en chambres, mais pas seulement !!!

    Il me semble que c’est aussi une question de vie familiale. 10 membres, mais constitués de 2 couples et 6 enfants me semblent très compliqués à gérer car inévitablement chacun voudra le meilleur pour ses petits. 10 membres célibataires ne le resteront pas. On fait quoi des entrants ? Ce qu’il faut prévoir. Idem pour la place du couple au sein de la communauté.

    Il n’existe pas une solution, mais plusieurs. Adaptées au cas par cas.

    Attention aux tromperies conjugales dans le groupe !!!!!!

    Albert a couché avec Marie, la femme de Jean ? Et le groupe explose ….

    Ce n’est donc pas facile.

    Personnellement, je n’ irai pas au-delà de 8 à 10 personnes dans une grosse ferme. Ou un grand bâtiment, voire un immeuble. Au-delà, il me semble raisonnable de scinder la communauté et de créer un petit pôle collectif, comme le jardin ou l’élevage.

     

    La recette du succès

    Tolérance, finesse des choix, main de fer mais gant de velours, choix des entrants, pertinence de la réflexion ?

     

    Je suggère tout de même quelques éléments fondamentaux :

    1°) Pas d’idéalisme ni d’idéologie

    2°) Bien connaître les entrants, bien se connaître avant de décider quoi que ce soit

    3°) Être en mesure d’accepter soi-même la vie commune avant de se lancer dans ce type de projet. La seule volonté d’échapper au système ne suffisant pas.

    4°) Ne jamais idéaliser qui que ce soit en début de relation.

    Et il me semble qu’il existe une « communauté de valeurs communes » à tout groupe résilient : Solidarité – Empathie – Partage (au sein du groupe)

     

    Pour un avenir meilleur, plus radieux ….